1900-1999 : le siècle amiénois
Amiens retrouve la joie
Les Amiénois sont pressés de tourner les pages noires de la Grande Guerre. Ils ont soif de vivre et de se distraire. Dans les années vingt et trente, ils se pressent dans les salles de spectacle. Les galas de boxe emplissent le cirque. Le football s’installe rue Louis-Thuillier

Le kiosque du square Montplaisir (au bas de la rue Saint-Fuscien), entre les deux guerres, fut un lieu de divertissement très fréquenté. Le dimanche après-midi, les sociétés musicales et les musiques militaires y donnaient des concerts.

Lorsque sonne le clairon de la victoire, le 11 novembre 1918, et que carillonnent les cloches de toutes les églises de France, Amiens se trouve dans un triste état. L’offensive allemande du printemps précédent a valu à la cité d’être bombardée par l’aviation ennemie et d’être pilonné par l’artillerie. Près de huit cents maisons ont été détruites, trois mille autres sérieusement endommagées et pillées. De nombreux édifices publics - les gares, le cirque municipal, des églises - doivent être réparés.
La tâche du maire, Hermenegilde Duchaussoy, et de son successeur René Caumartin, élu en 1919, est immense. Déclarée “ville martyre”, Amiens est décorée de la Croix de Guerre, par un décret signé par Georges Clemenceau, président du Conseil.

Trois grandes salles de théâtre
Tandis que les équipes municipales concentrent toute leur énergie à reconstruire la cité, les Amiénois veulent tourner la page des années noires. Les kiosques à musique de La Hotoie et du parc Monplaisir, en bas de la rue Saint-Fuscien, reprennent du service le dimanche après-midi pour les concerts en plein air. Le parc de La Hotoie, libéré des campements militaires, redevient un lieu de promenade et de distraction. Certains dimanches, on va voir les joutes nautiques sur le grand bassin.
La population manifeste son goût pour le spectacle. Des troupes théâtrales se forment ou se reconstituent. Trois grandes salles sont quasiment combles à chaque représentation. Le Théâtre municipal, rue des Trois-Cailloux, reçoit les meilleures troupes parisiennes. On y donne le répertoire théâtral classique, des opéras, des concerts, des opérettes.
Rue de Beauvais, le “Théâtre de l’Union”, ouvert en 1924, est spécialisée dans le music-hall, le café-concert et les variétés. La salle peut contenir mille cinq cents spectateurs. Rue Delambre, le “Théâtre de l’Alhambra”, créé par Jules Tantôt, donne également dans les variétés et le spectacle populaire. Il fermera ses portes en 1934.

Musicien et marchand de vin
Il existe aussi un “Théâtre du Peuple”, fondé en 1903 par la Bourse du Travail. Il s’agit d’une troupe œuvrant pour la cause ouvrière. Ses représentations sont au profit de grévistes. Le contenu social, antimilitariste et contestataire de ses spectacles a souvent le don d’irriter l’autorité préfectorale.
En mars 1919, la Société des Concerts Symphoniques renaît de belle manière en donnant au Théâtre Municipal un concert sous la baguette de son fondateur Auguste Renard. Le métier de celui-ci : marchand de vin. Auguste Renard a su former un superbe ensemble de quelque quatre-vingts musiciens amateurs et reçoit régulièrement le concours d’artistes professionnels. Son successeur, Joseph Tilman, continuera son œuvre jusqu’à la destruction du Théâtre en mai 1940.

Boxe au cirque

Le cirque reprend vie à partir du 26 juin 1921. On y donne des spectacles de toutes sortes et il reçoit chaque année le Cirque Rancy. Mais les soirée les plus chaudes sont celles de la boxe anglaise représentée par deux clubs, l’Amiens Boxing Club et l’Amiens Ring. Les soirs de combats, la salle est comble. Jean Bretonnel est l’organisateur des soirées pugilistiques. Entre les deux guerres, un boxeur amiénois, Jean Hatron, sort du lot. Ce mi-lourd inscrira cent cinq combats à son palmarès, sous la direction de “Monsieur Jean”. Sans titre en jeu, il bat Sportiello, Champion de France, et réalise de beaux KO.
Sous la direction du docteur Albert Moulonguet, chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu, directeur de l’École de médecine et de pharmacie d’Amiens, un stade est créé dans la ville, rue Louis-Thuillier. L’équipe de l’Amiens Athletic Club décroche un titre de Champion du Nord en 1924. L’avant-centre Georges Taisne et l’arrière Urbain Wallet, défenseur, sont sélectionnés en équipe de France.

Pierre Mabire


Les Maires d’Amiens du XXe siècle
René Caumartin, le reconstructeur
Lorsque René Caumartin, avocat, est élu conseiller municipal le 30 novembre 1919 et maire le 9 décembre suivant, une tâche immense l’attend. Il faut reconstruire une partie de la ville et s’occuper des personnes ruinées par la guerre.
La rue des Trois-Cailloux, éventrée en plusieurs endroits, doit être réparée. Mais les crédits d’État n’arrivent qu’au compte-gouttes. Plusieurs années seront nécessaires pour effacer les traces des bombardements.
Autre grand souci pour le premier magistrat : l’industrie locale est fréquemment l’objet de grèves. Dans les usines textiles, les ouvriers se révoltent contre les conditions qui leur sont faites : pas de protection sociale, maigres salaires, cadences élevées, pas de congés, seuls le dimanche et les jours fériés sont chômés.
Dans cette période économiquement dégradée, un homme prend le pas sur la scène politique locale : Lucien Lecointe, ouvrier typographe au Progrès de la Somme (le quotidien radical d’Amiens). Président de la Fédération Française du Livre CGT, ce dernier capitalise une réelle volonté de transformation sociale. Il succède à René Caumartin à l’issue des élections municipales suivantes, le 17 mai 1925.