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"Les valeurs morales doivent passer avant le fonctionnement des institutions"

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«Les valeurs morales doivent passer avant le fonctionnement des institutions»
Les 26 et 27 novembre, Picardie Citoyenne organise ses premiers “Rendez-vous Citoyen“ à Mégacité. Objectif: rassembler 10000 personnes contre les idées racistes et xénophobes. Et ne pas laisser s’éteindre l’indignation qui avait suivi l’élection du Président de Région… Entretien avec Michel Caullier, porte-parole de l’association.

Le JDA : Après “12 heures pour la fraternité” qui avait rassemblé 10 000 personnes en juin 1998, vous passez à l’échelon supérieur en organisant un “Festival de la Citoyenneté”. Est-il nécessaire de programmer des spectacles et des concerts pour amener les citoyens à réfléchir sur les dangers de la xénophobie et de l’antiparlementarisme ?

Michel Caullier : Il n’y a pas de “nécessité”, c’est une forme complémentaire de mobilisation. Aujourd’hui, des groupes ou des artistes comme Idir ou Dieudonné n’hésitent pas à s’engager très clairement. Cela dit, nous ne limitons pas cette mobilisation à des concerts. Durant ces deux jours, nous avons prévu des espaces consacrés au théâtre, au cinéma, à la vidéo, aux arts plastiques, à Internet… Il y aura des débats, des expositions, des rencontres avec des délégations de régions françaises (la Nièvre, l’Hérault, la Bourgogne) et une délégation de jeunes de Vitrolles, Toulon et Orange, confrontés tous les jours à la gestion du Front national. Toutes ces formes d’expression visent un but essentiel : faire prendre conscience au plus grand nombre de la gravité du danger qui consisterait à laisser se banaliser les thèses extrémistes auquelles une partie de la droite donne sa caution en faisant alliance avec le Front national.
Le JDA : Mais le Front national est aujourd’hui divisé, affaibli et il semble jouer un rôle moins important qu’hier sur la scène politique. Mobiliser 10 000 personnes, n’est-ce pas, finalement lui donner plus d’importance qu’il n’en mérite?
M. C. : C’est un vieux débat : depuis quinze ans, il divise tous ceux qu’inquiète la progression de ce parti antirépublicain : « Parler du Front national, n’est-ce pas assurer sa publicité ? » Moi, je reste persuadé que ce sont bien des causes sociales et économiques - dont se nourrissent d’ailleurs les arguments populistes du Front national - qui ont amené des milliers de Français à voter pour ce parti. Le Front national ne sera véritablement menacé dans son existence même que lorsque les raisons qui ont permis son émergence auront disparu.
Le JDA : Concrètement, quels sont les objectifs politiques de Picardie Citoyenne ?
M. C. : Au delà du travail de sensibilisation que nous menons - je pense par exemple au périple de plusieurs semaines que nous achevons à travers la Picardie -, j’ai toujours affirmé que Picardie Citoyenne disparaitraît le jour où le président du Conseil régional aura démissionné de son poste. Je crois sincèrement qu’on peut encore rétablir la justice des urnes et chasser celui qui, grâce à des alliances honteuses, a usurpé une place que ne lui avait pas accordé le suffrage universel.
Mais, au delà de cet aspect purement régional, la question peut se résumer ainsi : « Existe-t il dans cette région, dans ce pays, un socle politique pour préserver les valeurs de la République ? » Aujourd’hui, il s’agit de notre région, mais il y a hélas en France depuis l’affaire Dreyfus, de nombreux exemples d’événements historiques où trop de représentants de la droite républicaine se sont “accommodés” d’alliances contre-nature à seules fins de conserver leur petit pouvoir personnel.
À l’exception de quelques-uns - qu’il faut d’ailleurs saluer - il y a aujourd’hui trop peu de femmes et d’hommes politiques qui ont le courage de dire que les valeurs morales et républicaines doivent passer avant le fonctionnement des institutions. Si cela changeait demain - à l’occasion du vote du budget de la Région, par exemple - le Conseil régional cesserait rapidement d’être dirigé contre le verdict des urnes rendu par les électeurs. Et la Picardie ne serait plus montrée du doigt comme l’une des régions européennes où la droite compose avec les fossoyeurs des idéaux républicains…
Propos recueillis par Nicolas Lejeune