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Pierre
Lacour
"Pour le Kosovo, un élan
de solidarité sans précédent"
Le
président du Conseil Départemental de la Croix-Rouge
de la Somme na jamais vu une telle mobilisation populaire
depuis que les Albanais du Kosovo ont été déportés.
La générosité dépasse celle qui sétait
manifestée lors de la guerre civile en Roumanie ou pour de
grandes catastrophes naturelles.
Le
JDA: La Croix-Rouge a lancé des appels aux dons pour aider
les déportés du Kosovo. Quels résultats obtenez-vous
?
Pierre Lacour: Aucun des membres de
la Croix-Rouge ne se souvient dun mouvement de solidarité
populaire aussi fort. Il dépasse en ampleur tout ce que nous
avons connu depuis des dizaines dannées: la famine
en Somalie, le génocide au Rwanda, la guerre civile en Roumanie,
le typhon au Nicaragua, les inondations en Pologne.
Nos standards narrêtent pas de sonner. Nos permanences
sont débordées. Tous nos bénévoles sont
mobilisés pour accueillir et renseigner ceux qui veulent
faire un don.
Le JDA: Que donnent les gens le plus souvent
?
P. L.: Les gens préfèrent
donner des denrées alimentaires ou des vêtements. Nos
boxes pour la collecte dhabits sont pleins. Certains
rayons de supermarchés sont en rupture de stock. Jeudi dernier,
on me signalait un manque dapprovisionnement en sucre dans
certains magasins. Les gens avaient acheté pour le Kosovo.
Le JDA: Pouvez-vous donner quelques résultats concrets ?
P. L.: En trois jours, le week-end
dernier, les habitants de la Somme et dAmiens ont donné
vingt-huit tonnes de denrées alimentaires. De quoi faire
partir un camion complet vers le Kosovo. Pour cela, nous avons eu
besoin de quatre à cinq cents bénévoles et,
pour les jours à venir, nous aurons encore besoin de beaucoup
de volontaires.
Le JDA: Donner un jour pour le Kosovo ou
sengager comme vous à la Croix-Rouge, ny a-t-il
pas une grande différence?
P. L.: Donner pour une cause et sengager
dans la Croix-Rouge sont des démarches très distinctes.
Lorsquon fait un don aux réfugiés du Kosovo
on se met en accord avec sa conscience. On veut soulager une souffrance
rencontrée en regardant la télévision ou en
lisant un journal.
Sengager est un acte qui sinscrit dans la durée
et qui exige de la disponibilité. Lun et lautre
ont leur valeur et leur utilité.
Le JDA: Mais tout le monde na peut-être
pas forcément lenvie ou le temps de passer ses dimanches
sous luniforme de la Croix-Rouge. Ou ne se sent pas toujours
prêt pour intervenir sur des lieux de grande catastrophe
P. L.: Les membres actifs de la Croix-Rouge
se répartissent dans deux catégories. Lune est
composée de volontaires. Il sagit de personnes
prêtes à sinvestir ponctuellement, parce que
telle situation les aura touchées particulièrement.
Une fois laction passée, elle séloigneront
de nous pour revenir à une autre occasion, plus tard. Lautre
catégorie, cest celle des bénévoles.
Ceux-là veulent donner une tranche de leur vie pour servir
les personnes qui souffrent. Ils restent avec nous pendant plusieurs
années - voire toute leur vie, tant quils en ont la
force.
Le JDA: Mais ce nest pas tous les
jours quil y a des événements tels quun
tremblement de terre, une guerre, un grand rassemblement festif.
Que faites vous lorsquil ne se passe rien ?
P. L.: La Croix-Rouge est surtout connue
pour ses interventions lors des grandes catastrophes ou des guerres.
Mais son action ne se résume pas à cela. Quotidiennement,
elle se trouve là où des personnes sont au plus profond
de la détresse.
Le JDA: À Amiens, par exemple ?
P. L.: Dans la Somme, les comités
de la Croix-Rouge entreprennent des actions sociales très
diversifiées. À Amiens, il y a, par exemple, la distribution
de repas chauds en hiver. Ou encore Solidarité bébé
ouvert toute lannée à toutes les mamans. Je
pense notamment aux jeunes mamans de 15 ou 16 ans qui viennent davoir
un enfant, ont été mises à la porte de la maison
familiale et se trouvent bien seules et très démunies
pour élever leur bébé.
Le JDA: Dans un tel cas, nêtes
vous pas tenté de leur dire quil existe des moyens
pour éviter une telle situation ?
P. L.: Nous ne jugeons personne. Nous
ne sommes pas là pour faire de la morale. Nous sommes là
pour tirer les gens de la détresse. Là où il
ny a plus aucun secours, il reste encore la Croix-Rouge. Cest
lultime recours.
Nous ne demandons dailleurs à personne doù
il vient, qui il est, où il va. Nous prenons les gens comme
ils sont. Nous répondons aux questions quils veulent
bien nous poser, tout simplement.
Le JDA: Vous qui être confronté
à la misère, à la détresse humaine,
quavez vous appris avec la Croix-Rouge ?
P. L: Jai appris que nul ne peut
prétendre ne jamais rencontrer la précarité.
Le chômage peut avoir des effets terribles sur les personnes.
Certains perdent confiance en elles, nont pas la force de
surmonter leurs difficultés et senfoncent dans lexclusion
et la marginalité.
Le JDA: Mais, à force de côtoyer
ceux qui sont exclus, avez-vous toujours assez de vigilance pour
ne pas tomber dans la routine de lhumanitaire ?
P. L.: Le pire de tout serait de shabituer
à la souffrance humaine. Si tel était le cas, nous
deviendrions des fonctionnaires de lassistance, et cela nous
ne le voulons pas. Toute situation de détresse nous émeut.
Nous nacceptons pas de voir des personnes abandonnées,
malades, blessées, affamées, dénudées.
Cest comme cela depuis le premier jour de la fondation de
la Croix-Rouge, et cela continuera encore très longtemps.
Entretien:
Pierre Mabire

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